Portrait de Bernard Ollivier, écrivain-voyageur, qui soutient la Maison d'accueil l'Îlot
Bernard Ollivier

Nul ne peut dire : "j'ai construit ma maison tout seul"

Journaliste honoraire, M. Bernard Ollivier est aussi un écrivain-voyageur et un homme engagé.
04
juin
2014
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Il est le fondateur de l’association Seuil, qui permet à des jeunes en grande difficulté de "se transformer en héros, acteurs de leur propre insertion sociale", au cours d'une longue marche accompagnée.

Voici pourquoi il soutient le projet de l'Îlot :

 

Je soutiens l’Îlot sans restriction, car je ne peux plus entendre les bonnes âmes qui vont répétant : "s’ils sont en taule, ils l’ont bien mérité. Maintenant, qu’ils se débrouillent." Et vous, Madame, vous Monsieur, l’avez-vous bien méritée votre existence actuelle ?

Bien sûr, vous avez fait de bonnes études, trouvé un bon travail, loué ou acheté un appartement, voire une maison confortable et élevé des enfants qui, eux, ne risquent pas d’aller en prison. Du moins le pensez vous fort.

Mais avez-vous pensé aussi que vos bonnes études ont été encadrées par des parents aimants, des enseignants dévoués, et qu’elles ont été payées par l’Etat ? Après cet excellent départ, le bon travail a naturellement résulté des bonnes études, l’appartement a découlé tout naturellement du travail . Et vos enfants bien entourés poursuivront dans la même logique. Vous avez vécu le rêve de la fermière de La Fontaine, avec œufs, veau, vache, cochon. Quel beau parcours ! Faut-il vous en féliciter ?

Et si les œufs étaient tombés parce que la fermière, ou vos parents, ou vous-même aviez trébuché ? Si tout était parti de travers ? Qu’aucune main n’ait été tendue ? Que la maladie, la malchance, la méchanceté s’en soient mêlées ?  Seriez-vous aussi tranchant envers ceux qui chutent, et ne seriez-vous pas de l’autre côté ?

Parce que nul ne peut dire : "j’ai construit ma maison tout seul", l’humanité consiste à comprendre d’abord, agir ensuite pour élargir le cercle de ceux qui veulent vivre ensemble, même s’ils sont tombés et justement parce qu’ils sont tombés.

Si on leur offre une toute petite place, un strapontin, est-ce que ça rendra votre fauteuil moins confortable ? Alors entrez dans la ronde, laissez-leur une place, ouvrez-leur une porte devant laquelle ils piétinent parfois depuis la petite enfance. Sans votre approbation ou votre soutien, même muet, ils ne pourront pas remonter la si difficile pente.

Bernard Ollivier
Ecrivain-voyageur, fondateur de l'association Seuil