Christian Vilmer, directeur général de l'Îlot
Christian Vilmer

Pourquoi et comment évaluer les actions de l'Îlot ?

Christian Vilmer, directeur général de l'Îlot, donne son point de vue à l'occasion de l'assemblée générale de l'Îlot.
14
mai
2016
Version imprimable

 

Les actions que nous menons auprès des personnes accueillies et accompagnées dans nos établissements sont-elles réellement utiles et efficaces sur la durée, et raisonnables du point de vue financier ? Comment peut-on les évaluer ? Ces questions sont centrales pour l’Îlot.

Bien entendu, l’évaluation fait partie de nos obligations réglementaires : évaluation interne d’abord, pour analyser nous-mêmes nos axes d’amélioration et mettre en place un « plan qualité », puis évaluation externe par un cabinet certifié pour qu’un regard extérieur vérifie à la fois la conformité réglementaire de notre action et la mise en œuvre de notre plan qualité.

Mais nous devons aller plus loin. Bien sûr, nous savons si une personne que nous avons accompagnée pendant plusieurs mois a trouvé un logement autonome et/ou un emploi à sa sortie. Nous savons si ses éventuels problèmes de santé sont en bonne voie d’être maîtrisés.

Mais au-delà de ces résultats simples à formuler, beaucoup de questions demeurent :

  • si une personne n’a pas de logement ou d’emploi, doit-on parler d’échec ? En quoi a-t-elle progressé pendant son passage à l’Îlot, et que lui reste-t-il à acquérir pour passer à l’étape suivante ? Peut-on lui montrer le chemin déjà parcouru, pour qu’elle ne baisse pas les bras et qu’elle puisse être convaincue que la ligne d’arrivée est à portée de main ?
  •  comment savoir si une « sortie positive » reste positive dans la durée, et qu’il n’y a pas de récidive, de perte d’emploi ou de perte de logement ?
  • quels sont les profils de personnes que nous savons bien accompagner, quels sont ceux pour qui notre accompagnement donne de moins bons résultats, et comment modifier notre façon de faire pour tirer parti de nos forces et corriger nos faiblesses ?
  •  l’approche et les dispositifs proposés par l’Îlot sont-ils efficaces, par rapport à d’autres méthodes ? Notre Atelier Qualification-Insertion constitue-t-il la meilleure réponse pour permettre à ceux qui en sont très éloignés d’accéder à l’emploi ? En somme, les pouvoirs publics, nos donateurs privés et les fondations qui nous soutiennent ont-ils raison de financer nos actions ?


Pour répondre à ces interrogations, il faut pouvoir analyser et quantifier les progrès des personnes suivies (autonomie de déplacement, capacité à tenir un budget, respect des engagements pris, ponctualité, capacité à définir un projet de vie, gestion du stress, acceptation de l’autre…).

Il faut aussi pouvoir comparer des groupes de personnes suivies par l’Îlot à d’autres qui n’ont pas les mêmes types d’accompagnement. Ce travail ne peut s’effectuer qu’en lien avec l’administration pénitentiaire et les services de l’État si l’on veut essayer d’estimer les taux de non-récidive et de remise à l’emploi sur des mois – voire des années -, tout en respectant les règles de déontologie.

Nous devons également être capables de mettre en regard le coût de nos dispositifs et les économies qu’engendre la réinsertion.

C’est pourquoi nous avons prévu de lancer un ambitieux programme d’évaluation qui abordera les différents aspects cités plus haut.

Nous savons que cette démarche ne sera pas facile : il faudra expliquer qu’évaluer, ce n’est pas juger, noter, distribuer bons et mauvais points, mais que c’est estimer la valeur de notre action et celle des actions menées par les personnes accompagnées, si possible à partir de données objectives. Mais nous n’avons pas le choix : il me paraît essentiel que tous (personnes accompagnées, salariés de l’Îlot, bénévoles, partenaires) soient objectivement convaincus de la valeur de leurs actions et de la qualité des résultats qu’ils ont obtenus.

Christian Vilmer
Directeur général de l'Îlot