La difficile réinsertion des femmes sortant de prison

En France la population carcérale féminine représente moins de 4%. La prison est donc le territoire des hommes, où les femmes, en minorité, doivent s’adapter à un lieu qui, dans la majorité des cas, n’a pas été pensé pour elles. Isolées pendant l’incarcération, le temps de la réinsertion s’avère être plus complexe car nettement moins préparé pendant le séjour en prison que cela ne peut l’être pour les hommes détenus.
08
mar
2019
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En France, seules deux prisons sont réservées uniquement aux femmes, la maison d’arrêt de Versailles et le centre pénitentiaire de Rennes. En dehors de ces deux établissements, moins de 30% des prisons disposent de quartier spécifique (soit 55 prisons sur les 188 existantes sur le territoire national). Ces enclaves sont bien souvent de petite taille (quelques places au sein de la prison) et régies par le principe de séparation entre les hommes et les femmes du code de procédure pénale. Aussi, les locaux et équipements qui leur sont dédiés, sont dimensionnés en conséquence. Il en résulte que bien souvent, seuls les hommes peuvent bénéficier des salles prévues pour les activités collectives (gymnase, ateliers, travail, etc.) ce qui limite fortement l’accès des femmes aux ateliers, à la formation, à l’emploi qui sont proposés au sein des établissements pénitenciers. Il en va de même pour l’accès aux soins médicaux.

Et ce d’autant qu’elles doivent être accompagnées dans tous leurs déplacements. Cette discrimination dans les faits, pénalise les femmes qui n’ont pas les mêmes possibilités que les hommes de préparer leur réinsertion pendant l’exécution de leur peine.

Autre facteur pénalisant pour les femmes détenues : la localisation géographique non homogène des établissements qui les reçoivent, avec certaines régions particulièrement mal dotées comme le Sud de la France, ce qui complexifie le maintien des liens sociaux ou familiaux. Contrairement aux hommes qui continuent d’avoir régulièrement des visites au parloir de la part de leur entourage, notamment féminin (mères, conjointes, sœur, etc.), les femmes sont moins soutenues pendant leur incarcération du fait de l’éloignement géographique, conséquence directe du faible nombre d’établissements dédiés ou avec des quartiers « femmes » : leur isolement s’en trouve intensifié et est un vrai handicap pour préparer leur sortie. Mais l’éloignement géographique n’est pas le seul facteur à expliquer leur abandon, les hommes se montrent en général moins présents au parloir quand ce sont les femmes qui sont incarcérées.

A la sortie, vient l’épreuve de la reconstruction du lien familial. Pour certaines, la garde des enfants leur a été retirée, pour d’autres il s’agit de renouer auprès de proches dont elles sont sans nouvelles depuis des années. Le temps et l’éloignement créent une distance qu’il faut désormais combler, rattraper. Certaines femmes ont perdu leur logement pendant leur incarcération et se retrouvent à la rue. Ne pouvant compter sur le soutien de leur entourage, les risques sont grands de retourner en prison. Enfin, il existe peu de structures de réinsertion dédiées aux femmes.

A l’Îlot, les CHRS du Val de Marne et de Thuillier à Amiens, ont développé un accompagnement spécifique pour les femmes qui sortent de prison ou en aménagement de peine. Grâce à notre expertise dans l’aide et le suivi des personnes qui ont été en lien avec la justice, nous apportons une prise en charge dédiée à leurs problématiques telles que le recouvrement des droits sociaux, le rétablissement des liens familiaux avec leurs enfants, l’aide à la recherche d’emploi et de logement, en prenant particulièrement en compte le faible de temps de préparation qu’elles ont pu avoir avant leur sortie.

La mise à l’abri de ces femmes, mais surtout le soutien et l’accompagnement dans la réalisation de leurs projets de vie sont indispensables si on veut les aider à se reconstruire et éviter la récidive.

 «  Ici, ils font tout pour nous aider à réintégrer la société. Je trouve qu’ils font beaucoup plus que nous aider à chercher une maison. Ils nous aident à voir le bout du tunnel, ils sont à l’écoute et on chemine avec eux.» Anita, accueillie dans notre CHRS Val-de-Marne

Femmes invisibles, méconnues, celles qui ont connu la prison rencontrent les mêmes difficultés de réinsertion que les hommes, mais souffrent d’une stigmatisation plus forte que ce soit dans la société ou leur entourage. A l’Îlot, on aide ses femmes à se reconstruire, à retisser le lien familial distendu, à se projeter à nouveau dans l’avenir. En ce 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, nous tenions à mettre en lumière les femmes qui ont connu la prison et les difficultés que certaines connaissent pour retrouver une place dans la société.