Portrait du sénateur Jean-Marie Bockel donnant son avis sur la prison française
Jean-Marie Bockel

Pour un développement du régime ouvert de détention

"La privation de liberté est une punition nécessaire, mais un pays démocratique doit savoir l’appréhender dignement afin que ce lieu soit considéré comme un sas de transition vers une réhabilitation sociale, et non comme une mise à l'écart de la société."
03
mar
2014
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A cet égard, le modèle des prisons ouvertes pourrait selon moi permettre d’apporter des réponses pertinentes et cohérentes à certaines difficultés auxquelles notre système pénitentiaire fait face. J’avais d’ailleurs piloté en 2010, lorsque j’étais secrétaire d’Etat à la justice, un rapport de Monsieur Paul-Roger Gontard sur l’applicabilité de ce régime ouvert de détention dans le champ pénitentiaire français.

Dans ce modèle d’établissement, destiné aux détenus présentant un risque « limité » pour la société (vols sans violence, délits financiers, etc.), les mesures préventives contre l'évasion ne résident pas dans des obstacles matériels tels que murs, serrures, barreaux ou gardes supplémentaires. L’enjeu est de démontrer que la sanction peut être associée à un lieu ouvert où l’on apprend les gestes et les comportements de la vie en société : respect des règles et des horaires de travail, élaboration d’objectifs personnels, reconquête de sa propre dignité de citoyen, participation et responsabilisation au sein d’une communauté de vie.

Alors qu’il n’existe qu’un seul établissement pénitentiaire ouvert en France – le centre de détention de Casabianda, en Corse –, plusieurs pays Européens utilisent très largement ce type de régime, notamment dans les pays Scandinaves où près de 20 à 30 % de la population carcérale en bénéficie. Les résultats obtenus par les pays utilisant les prisons ouvertes laissent d’ailleurs entrevoir ses nombreux avantages.

C’est tout d’abord un outil très efficace dans la lutte contre le suicide, qui fait figure d’exception au sein de ces établissements. En outre, le taux de récidive à la sortie est plus faible que pour les établissements fermés, en raison du processus de réinsertion au cœur même du dispositif, animé par des personnels qualifiés. Enfin, dans le contexte budgétaire actuel particulièrement tendu, nous ne pouvons ignorer le fait que les établissements pénitentiaires ouverts coûtent moins cher à la société que leurs homologues fermés.

Près de quatre ans après la publication de ce rapport et à l’heure où la surpopulation carcérale reste très problématique, je continue donc de plaider pour un développement progressif de ce dispositif, avec la mise en œuvre de trois ou quatre nouveaux établissements. Leur implantation devrait se faire en concertation avec les acteurs et décideurs locaux, afin de dégager un maximum de synergies avec les territoires environnants tout en limitant les risques et les nuisances.

Ces établissements ouverts pourraient ainsi s’insérer dans la dynamique territoriale afin de faire du centre de détention un lieu d’échange et non plus de repli. La question des prisons ne peut être cantonnée entre quatre murs car elle concerne bien la société dans son ensemble. C’est tout le sens de la citation d'Albert Camus selon laquelle « une société se juge à l'état de ses prisons »…"

Jean-Marie Bockel
Sénateur du Haut-Rhin, Ancien ministre