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Témoignages

Charles de Raymond

administrateur de l’Ilot depuis 2 ans

"Les besoins me semblent beaucoup plus importants que je ne me l’imaginais. Pour les personnes que nous accompagnons, le projet d’insertion ne peut se construire qu’au bout d’un certain temps après la sortie de prison."
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Comment êtes-vous devenu administrateur de l'Îlot ?

Guillemets ouvertsPour moi tout a commencé il y a 5 ou 6 ans, quand j’ai reçu une lettre où l’association se présentait. J’aurais pu la jeter sans la lire, mais j’ai ouvert l’enveloppe et je l’ai lue. Et ce qui m’a frappé, c’est vraiment la « double peine » : en sortant de prison, quelles chances a-t-on de retrouver du travail ?

Je me suis dit : « voilà quelque chose d’utile, et d’intéressant ». Ma première réaction est restée, je suis devenu donateur, puis bénévole… Au fil du temps et des rencontres avec les responsables de l’association, on m’a proposé de devenir administrateur.

En tant qu’administrateur, j’ai pris part aux réunions de bureau, qui décident des grandes orientations de l’association. Ce sont des réunions très denses, très riches. A vrai dire, je ne m’attendais pas à trouver ce niveau de professionnalisme dans la gouvernance de l’Îlot.

 

Pouvez-vous nous parler de votre rôle au sein de l'association ?

Guillemets ouvertsLes administrateurs et les bénévoles en général ont un rôle important à jouer en complément du travail accompli par les éducateurs spécialisés et les assistants sociaux : par exemple, ils apportent à l’association leur connaissance du milieu de l’entreprise, de ses codes.

Ainsi nous avons réussi à organiser l’immersion, pendant quelques jours, d’une responsable d’établissement et d’une éducatrice spécialisée dans les services d’opérations d’une grande banque.

Aujourd’hui, les services sont le premier gisement d’emplois en France. Or tous les emplois de services ne demandent pas un niveau de qualification élevé ! Evidemment, certaines personnes ont trop de difficultés à résoudre pour pouvoir travailler dans un « open space », avec des dizaines de collègues, un rythme soutenu. Mais je trouverais dommage de ne pas explorer tous les emplois possibles pour les personnes que nous accompagnons…  

D’ailleurs, à la fin de leur immersion, les deux salariées de l’Îlot avaient en tête le nom de personnes qui pourraient à leur avis se présenter sur ce type de poste.

 

Avec du recul, quelles sont vos impressions ?

Guillemets ouvertsCela fait maintenant 5 ou 6 ans que je suis donateur, 2 ans que je suis administrateur.

Ce qui m’a convaincu et me convainc toujours, c’est ce constat terrible : « pour eux c’est foutu quand ils sortent »… à moins qu’ils ne trouvent une main tendue.

En me rendant aux séminaires de l’association, en visitant les établissements, ma vision de l’association et de sa mission a évolué, même si elle reste très incomplète.

Les besoins me semblent beaucoup plus importants que je ne me l’imaginais. Pour les personnes que nous accompagnons, le projet d’insertion ne peut se construire qu’au bout d’un certain temps après la sortie de prison. Quand on parle du projet d’insertion d’une personne, on pense déjà à la remettre sur pied, à faire en sorte qu’elle ait des droits, qu’elle accède à la sécurité sociale par exemple, qu’elle ait enfin des papiers en règle, qu’elle se rende chez le médecin pour effectuer des examens médicaux, qu’elle se soigne…

Normalement, une personne sortant de prison ne devrait pas avoir à régulariser sa situation administrative, à débuter des démarches de soins, cela devrait être fait… mais dans la réalité, la première chose à faire en sortant de prison c’est bien de « tout remettre à plat ». On ne peut pas d’emblée sauter sur ses pieds et chercher un emploi lorsqu’on sort de prison.

Et l’association s'efforce de prendre les gens là où ils en sont.

 

Témoignage recueilli le 24 mars 2015