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Témoignages

Véronique

artiste-formatrice de l'association Personimages

"Ces jeunes n’ont pas d’a priori au sujet du dessin : ils y vont, sans hésiter. Leur créativité est loin d’être bloquée, elle véhicule le message d’un monde chaleureux et personnel, sans rien d’angoissant ni de triste."
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L’association Personimages propose des ateliers d'expression artistique à des adultes en situation de handicap mental et psychique. Elle a récemment élargi son champ d'action en testant un stage de quelques séances avec des personnes en difficulté d’expression accueillies à l’Îlot.

 

Vous avez mené un atelier de peinture auprès des jeunes qui suivent une formation d’insertion professionnelle à l’Îlot. Non initiés à l’art, ils étaient parfois même réfractaires à cette activité. Comment les avez-vous mobilisés ?

Nous avons tout d’abord cherché à valoriser le projet que nous allions construire ensemble à travers un travail de sensibilisation et d’échanges sur l’histoire de l’art.  Nous avons notamment posé notre réflexion sur des œuvres d’artistes Street Art reconnus.

Puis le groupe a saisi l’intérêt de la démarche. Le fait de faire œuvre collective les a touchés. Une ambition à la fois perçue comme un frein - peur de ne pas être à la hauteur -, et un stimulant : il fallait que cela soit réussi ! Nous les avons rassurés en nous montrant présents pour les accompagner.

Au moment de la création, toutes les idées transmises ont été valorisées et incorporées dans le projet de fresque commune. Le jeu du groupe a été particulièrement porteur et chacun a finalement trouvé sa place, y compris les plus réfractaires. Ils sont jeunes et très sensibles au fait d’être intégrés. Cela a été la clé de la motivation collective. Une motivation qui poussait chacun à essayer de mieux faire.

Comment la pratique artistique peut-elle les aider dans leur reconstruction sociale ?

Notre société privilégie l’utilisation du langage et nous ne sommes pas égaux face à cette domination. Les personnes en situation d’exclusion peuvent se sentir en échec à exprimer consciemment leurs souffrances. Nous les avons aidés à s’exprimer spontanément, librement, sans censure, à exploiter la richesse de dimensions plus intimes à travers la pratique artistique. 

La pratique artistique est « l’autre » moyen de communiquer. Quand on peint, quand on dessine, les mots deviennent inutiles. L’ artiste lui-même vit ce bonheur de s’exprimer de façon totalement personnelle en étant valorisé dans sa pratique. En considérant ces jeunes comme les artistes de leur travail, nous avons soigné un complexe d’infériorité qu’ils trainent vis-à-vis de la culture. La médiation de l’art leur a permis de s’exprimer, sans situation d’échec possible : il ne s’agissait pas d’un travail d’école, lieu où ils ont souvent été mis en difficulté, mais d’une activité manuelle mise en œuvre à partir de leur imaginaire. Ils ont probablement découvert qu’ils pouvaient produire du beau. Ils ont eu l’occasion d’être valorisés sur un terrain auquel, je pense, ils ne s’attendaient pas. Cela devrait contribuer à leur redonner confiance.

Qu’avez-vous retenu de cette expérience ?

Ces jeunes n’ont pas d’a priori au sujet du dessin : ils y vont, sans hésiter. Leur créativité est loin d’être bloquée, elle véhicule le message d’un monde chaleureux et personnel, sans rien d’angoissant ni de triste. Ils dégagent une énergie sans complexe et entreprenante, sont volontaires, polis, respectueux. Ils n’ont eu de cesse de vouloir faire bien et que cela soit reconnu. La reconnaissance : c’est peut être le mot clé de cet atelier. Ils nous ont paru avides d’être reconnus, tout simplement comme des gens « bien ». 

Le travail collectif, d’une qualité plastique certaine, leur a prouvé qu’il était possible de s’exprimer individuellement et de faire un bon travail collectivement.

Nous n’avions jamais eu à faire à ce type de public. Nous pensons que l’expérience de la création peut leur apporter beaucoup en terme de valorisation personnelle et de réappropriation de leur identité sociale. Le cadre de l’art est suffisamment libre pour leur donner l’occasion d’exister pour eux-mêmes, sans les jugements de la société. Et ils semblent avoir énormément à dire !

Nous avons très envie de prolonger l’expérience…

Témoignage recueilli le 19 mars 2015