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Témoignages
Guillaume, conseiller en insertion professionnelle des Ateliers de l'Îlot, en entretien avec une salariée en insertion

Guillaume

conseiller d'insertion professionnelle

"Je donne des coups de main, je tends des perches… et s’ils les saisissent, on avance."
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Les Ateliers de l’Îlot, à Amiens, emploient 56 personnes en contrat d’insertion. Une partie d'entre elles sortent de prison ou se trouvent en aménagement de peine. Les autres, souvent bénéficiaires du RSA, ont connu le chômage de longue durée ou d’autres difficultés qui les ont éloignées de l’emploi. Elles travaillent dans l’atelier de menuiserie, de mécanique et de nettoyage automobile ou  de restauration.

Guillaume Sannier, conseiller d’insertion professionnelle, est chargé de les recruter puis de les accompagner dans leurs démarches de réinsertion et de recherche d’emploi.

Les Ateliers de l’Îlot accompagnent vers l’emploi des personnes sortant de prison et d’autres qui ne sont pas passées par là. Faites-vous une différence entre ces deux publics ?

Oui, clairement. Avec les personnes qui sortent de prison, je prends plus le temps.

Quand elles arrivent aux Ateliers, c’est un peu la douche froide. La plupart ne viennent pas de la Maison d’arrêt d’Amiens mais des centres de détentions de Bapaume (62) ou de Liancourt (60), parfois avec l’interdiction de se rendre sur leur ancien lieu de vie. Elles doivent donc prendre leurs marques dans une nouvelle ville, un nouveau logement, parfois un nouveau métier…

Cela fait beaucoup pour des personnes fragilisées, qui doivent aussi mettre à plat leur situation administrative. A peine sorties, elles doivent s’inscrire à Pôle Emploi et remplir un dossier, ce qui suppose que leurs papiers d’identité soient à jour, qu’elles soient bien inscrites à la sécurité sociale. Tous ces aspects administratifs sont une (re)découverte. Alors j’explique, j’aide à remplir les formulaires, il y a beaucoup de questions.

Et puis nos salariés doivent encore tenter de comprendre pourquoi ils ont commis les actes qui les ont conduits en prison, suivre des soins… Certains sont traumatisés par leur période de détention, parce qu’ils y ont été témoins ou victimes de violences. Ils ont donc besoin d’un peu plus de temps que d’autres.

Du coup, j’adapte mon exigence. Je leur laisse le temps de prendre leurs marques avant de se lancer dans une recherche d’emploi active.

Comment les accompagnez-vous vers l’emploi, justement ?

En fonction de ce que chacun a vécu, sait faire, a envie de faire… l’accompagnement sera très différent.

Par exemple, ce n’est pas du tout la même chose de travailler son CV quand on a eu un peu d’expérience professionnelle ou non. Un « trou » de 20 ans est beaucoup plus difficile à cacher qu’un « blanc » d’un ou deux ans !

Mais la première chose que nous travaillons, c’est la définition d’un projet professionnel, en tenant compte des envies de la personne mais aussi de ses lacunes et du marché de l’emploi local. Certains pensent qu’ils savent faire certaines choses mais se rendent compte, en atelier, que ce n’est pas le cas. D’autres veulent travailler dans la restauration mais ne se rendent pas compte qu’en cuisine, on passe la moitié de son temps au nettoyage… Définir son projet professionnel, c’est d’abord arriver à se faire une bonne représentation des métiers.

Vous allez au-delà ?

En fonction des besoins, j’oriente les salariés vers une formation ou j’en organise en interne. Je donne aussi des idées aux salariés, pour leur recherche d’emploi. Nous savons très bien, par exemple, qu’il est très difficile de trouver un emploi dans le secteur du bois. Mais les salariés en menuiserie peuvent aussi travailler sur la pose de fenêtre en PVC ou en aluminium, par exemple.

Et j’écoute les problèmes ou les questions des salariés dans d’autres domaines que l’emploi, comme la santé ou le logement. Pour qu’un projet professionnel aboutisse, on ne peut pas seulement se concentrer sur la formation ou la rédaction de CV ! J’oriente alors les salariés vers des partenaires qui pourront les aider, par exemple sur un dossier de surendettement, une difficulté familiale…

Voilà, je donne des coups de main, je tends des perches… et s’ils les saisissent, on avance. Si le salarié s’implique bien et s’il a besoin d’un peu plus de temps, nous renouvelons son contrat. Sinon, nous n'hésitons pas à mettre fin à un contrat. Parfois, il faut cet « électrochoc » pour qu'une personne se reprenne en main.

Vous pensez à quelqu'un en particulier ?

Cette année, nous avons employé une jeune femme pendant 6 mois en cuisine, qui était très fermée. En 6 mois, elle n’a pas eu un sourire, pas un « bonjour », pas un « au revoir »… Nous avons essayé d’avancer avec elle là-dessus, sans succès. Du coup, nous n’avons pas renouvelé son contrat. Au cours de l’entretien, nous lui avons expliqué nos raisons, elle les a entendues. Et elle les a comprises : elle travaille maintenant régulièrement en intérim d’insertion, toujours dans la restauration.

Tous les salariés ne retrouvent pas tout de suite un emploi, après leur passage aux Ateliers…

Oui, c’est vrai. Mais 12 mois chez nous, c’est 12 mois travaillés.

Cela fait une expérience significative sur le CV : nous ne sommes pas là pour occuper les gens, mais pour leur proposer un travail, et répondre aux besoins de nos clients. Personne ne chôme ! Et puis, travailler aux Ateliers, c’est faire partie d’une équipe, apprendre, se dépasser... en étant encadré par des professionnels : les encadrants techniques sont là au quotidien pour écouter et transmettre leur savoir-faire.

Qu’avez-vous envie de dire aux donateurs de l’Îlot ?

Pour que ça fonctionne, il faut qu’on investisse, notamment dans le matériel pour pouvoir former correctement les salariés. Pour cela, leurs dons sont essentiels.

Je leur dirais : "venez, venez voir le travail des Ateliers, l’équipe. Venez passer la journée avec nous, nous serons heureux de vous accueillir..." Vraiment, il faut qu’ils viennent !

 

Pour aider Guillaume et ses collègues à poursuivre leur action, vous pouvez faire un don à l'Îlot

6 juillet 2015