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Témoignages
Lauriane Silvestri témoigne de son action au sein de SPILE

Lauriane Silvestri

Sortir de prison, intégrer l'entreprise

L’Îlot est à l’initiative et soutient, en tant que membre associé, l’association "Sortir de prison, intégrer l’entreprise", fondée en avril 2013 par 7 entreprises privées. Recrutée en novembre 2014, Lauriane Silvestri est chargée de développement de l'association.
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En tant que chargée de développement de l'association Sortir de prison, intégrer l'entreprise (SPILE), ma mission est de promouvoir la Charte des entreprises pour la réinsertion des sortants de prison, et de favoriser la mise en relation de personnes sortant de prison avec les entreprises susceptibles de les accueillir pour un stage ou un emploi.

L'association s’est fixé 3 objectifs :
> réussir à mobiliser le monde de l’entreprise contre la récidive, pour la réinsertion de personnes sortant de prison ;
> servir d’interface entre les organismes qui accompagnent des personnes sortant de prison et les entreprises prêtes à leur tendre la main ;
> créer et animer un réseau d’entreprises, pour que l’expérience des uns puisse servir aux autres.

La première étape consiste donc à mobiliser un maximum d’entreprises, car rien ne pourra se faire sans elles.

Concrètement, comment procédez-vous ?

Dans un premier temps, je contacte des entreprises intervenant dans certains domaines d’activité, comme l’hôtellerie-restauration ou le BTP, mais aussi le tri sélectif, la livraison… qui recherchent de nouveaux salariés et dont les offres d’emploi sont accessibles à des personnes peu ou pas qualifiées. Je progresse département par département, d’abord en région parisienne où se trouve le siège de l’association. Ce « découpage » m’est utile pour organiser la prospection mais il n’est surtout pas limitatif.

Je progresse aussi beaucoup grâce aux contacts de contacts : une rencontre en entraîne une autre, c’est ce qui permet de construire, peu à peu, un réseau.

Pour rapprocher des entreprises, jeter des ponts entre l’administration pénitentiaire, les associations spécialisées et les employeurs potentiels, la charte est un bon élément fédérateur.

Quelles sont les réactions des entreprises ?

Auprès des entreprises d’insertion, je n’ai aucun problème à évoquer l’accueil de personnes sortant de prison. Beaucoup le font déjà... Auprès des entreprises « classiques », je m’attendais à beaucoup plus d’hostilité, de réactions épidermiques. Mais c’est vraiment très rare.

Finalement, ma principale difficulté c’est plutôt de toucher la bonne personne, celle qui aura la sensibilité pour porter le projet en interne. Dans les grands groupes, la chaîne de décisions est assez longue, et puis d’autres projets d’insertion sont déjà en cours et mobilisent les équipes, ou bien les postes accessibles sont plutôt présents chez les sous-traitants… Dans les petites ou les moyennes entreprises, c’est plutôt le manque de temps qui pose problème. Les personnes que je contacte ont souvent peur de la réaction de leurs clients ou de leurs fournisseurs si l’engagement de leur entreprise était rendu public.

Quand je leur parle de la charte, je mets en avant l’intérêt d’intégrer un réseau d’entreprises, auprès de qui elles pourront trouver appui. Le conseil d’administration de SPILE, composé de grandes entreprises, est plutôt convaincant.Je parle aussi de leur responsabilité sociétale. Sans compter que les personnes orientées dans le cadre de notre association seront accompagnées par des associations partenaires dont c’est le métier. A aucun moment les entreprises n’auront à sortir de leur cœur de métier. Et c’est finalement le point le plus convaincant.

Où en êtes-vous maintenant ?

Nous commençons à avoir de bons retours. Je pars toujours des besoins des entreprises, pour informer Pôle Emploi Justice et les associations comme l’Îlot. Elles me font alors parvenir les candidatures qui leur semblent adaptées. Je les appelle pour en savoir plus, je rencontre les personnes concernées, et je les mets en relation avec les entreprises si leur profil et leur motivation m’ont convaincue.

La plupart du temps, les entreprises jouent le jeu en réservant un poste pour une personne sortant de prison, mais ce n’est pas toujours le cas. Parfois elles acceptent simplement de la recevoir, parmi d’autres candidats possibles. Nous n’en sommes qu’au début de la démarche, qui va certainement s’affiner.

Sur 2015, nous nous sommes fixés pour objectif d’accompagner 10 personnes vers l’emploi. C’est à la fois peu et beaucoup, parce que nous souhaitons proposer un accompagnement « sur mesure ».

 

Témoignage recueilli le 10 juin 2015