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Témoignages
L'un des anciens détenus hébergés à Chemin Vert, l'une des Maisons d'accueil l'Îlot, sur le point de sortir

Mohamed

"Pour bien vivre avec les autres, il faut éviter que la nature reprenne sa place. L’Îlot participe à ça."
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Après 8 ans de prison, vous vous posez beaucoup de questions. Une sortie sèche, et vous avez tout à refaire, seul : les papiers, la vie en société, un logement… dormir chez des amis, ça va pour une semaine.

J’ai écrit à l’Îlot, qui m’a alors répondu favorablement. C’était la seule solution pour mettre le pied à l’étrier et me dépêtrer de mes angoisses.  

Quand je suis arrivé, j’étais très anxieux. L’équipe m’a rapidement aidé dans mes démarches auprès de la Sécurité Sociale et de Pôle Emploi. J’ai pu me mettre à jour administrativement, refaire mes papiers, retrouver progressivement un peu plus de sérénité. 

J’ai réussi à trouver du travail rapidement, avec de l'audace et de la persévérance. C'est un travail de second de cuisine ; j'ai envie de comprendre et d’apprendre le travail du chef.

Avec l’Îlot, un engagement a été signé et m’a mis face à des responsabilités. Même si je suis débrouillard, c’était sécurisant de savoir que j’avais un lit, un toit, une douche, un endroit pour poser mes affaires, des éducateurs disponibles. La dimension humaine y était très importante. Je pouvais voir à tout moment mon référent pour être aidé dans mes démarches. J’aurais aimé que les choses avancent plus vite, mais j’ai su relativiser.  Quand on voit tous ceux qui dorment dehors, on apprend à mesurer sa chance...

Passer à l’Îlot, ça peut changer la vie d’un homme. Aujourd’hui j’ai un logement personnel, un travail, des projets.

Je préfèrerais donner à des associations qui aident les personnes handicapées plutôt qu’à des sortants de prison. Mais quand j’y réfléchis, les aider, c’est un bien pour la société.  Quand on est plein de rage, on doit être remis dans le droit chemin, pour soi et pour les autres.

Pour ça, il faut qu’on vous « explique » pour que vous puissiez « comprendre ». J’ai grandi dans une famille qui voyait en l’Etat et en la société, les responsables de notre misère. C’était ça ma compréhension de la vie. Et j’ai fait des erreurs à cause de ce discours.

On ne naît pas humain, on le devient. Qu’on le veuille ou non, nous sommes des grands singes. Ce sont notre culture et notre éducation qui nous formatent. 

Pour bien vivre avec les autres, il faut éviter que la nature reprenne sa place. L’Îlot participe à ça.

 

Pour soutenir ce travail d'accompagnement et d'éducation vers la réinsertion, vous pouvez faire un don à l'Îlot.

 

 
Témoignage recueilli le 16 janvier 2015