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Témoignages
Kamal, salarié de la Maison d'accueil l'Îlot, serre la main d'un sortant de prison

Kamal

éducateur spécialisé

"Notre réalité de terrain, c'est la politique des petits pas."
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Nos centres d'accueil et d'hébergement sont des lieux où toutes les choses qui n’ont pas été dites peuvent être exprimées.
Les personnes que nous accueillons à l'Îlot se rendent compte, peu à peu qu'elles ont la possibilité de dire les choses. Elles extériorisent leur mal-être, elles comprennent que c'est un lieu d'écoute, un lieu qui donne du sens.
 

Le cheminement peut être long.
On ne peut pas tout régler, on ne peut pas obtenir d'elles tout ce que l'on souhaiterait, car on ne peut pas vouloir à leur place. Elles doivent passer outre leurs difficultés et doivent accepter de changer leurs habitudes.
C’est donc un travail de coopération où chacun doit remplir sa part du contrat, mais c'est bien leur partie qui est la plus importante. Nous, éducateurs spécialisés, sommes là pour les accompagner, pour forcer les décisions. Nous ne sommes pas dans un lien de dépendance et encourageons au contraire à l’autonomie. Parfois, quand certains me disent : « tu n’as rien fait pour moi », je leur fais comprendre qu'ils doivent eux-même, et avant tout, « faire pour eux » ; qu'ils doivent tirer des enseignements de leurs échecs, apprendre à transposer ailleurs ce qu'ils apprennent ici.
 

Quand estimer qu'une personne est sur la voie de la réinsertion ?
Bien sûr, il y a des indicateurs concrets, comme le retour à l’emploi et au logement. Nous les aidons à y avoir accès. Mais ce n'est que la partie visible de l'iceberg.
La réussite commence quand la personne reprend confiance en elle, quand elle se réapproprie la parole, quand elle arrive à sortir de la solitude pour aller vers les autres.
Un cheminement doit être fait sur son identité, sur son rapport à l’autre, pour éviter les risques de récidive. Cela signifie apprendre à gérer ses frustrations, évaluer ses forces, ses limites, et les accepter.
 

Certains bénéficiaires de l'Îlot compensent leurs angoisses affectives par des actes délictueux, une dépendance à l'alcool ou aux drogues, et c'est généralement ce qui les mène devant la justice. Ces exutoires destructeurs sont des mécanismes de défense, que nous sommes obligés de prendre en compte pour faciliter la relation et aller dans la bonne direction.
 

Nous pouvons les aider sur le plan éducatif et psychologique, en lien avec des partenaires.
Nous les aidons, progressivement, à prendre du recul, à vivre en collectivité. Notre réalité de terrain, c'est la politique des petits pas.

Et bon nombre de personnes s'en sortent ! C'est concret, et motivant.

 

Pour aider Kamal et ses collègues à poursuivre leur action, vous pouvez faire un don à l'Îlot.

Témoignage recueilli le 16 juin 2014