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Témoignages

Mehdi

"J’étais mineur quand mes premières condamnations sont tombées. D’abord du sursis, puis de la prison ferme. On m’a orienté vers l’Îlot à la fin de ma peine."
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Guillemets ouverts  24 ans, enfin libre, j’étais content de commencer la formation d’agent de restauration.

Pourtant, ma vie d’avant a repris le dessus. Il faut dire que j'étais encore assez immature... J’ai été mêlé à une histoire de vol, on m’a tout remis sur le dos.
Comparution immédiate. Antécédents judiciaires. Retour en prison : 4 ans ferme.  

C’est au moment du jugement que j’ai compris ce qu’était la honte.
Il était minuit. Une seule personne était sortie de chez elle et s’était déplacée pour moi : la responsable de formation de l’Îlot. Elle voulait m’aider à m’en sortir. Moi, je l’avais trahie.
 
La prison, encore. Je me réveillais le matin à côté de voisins de cellule condamnés pour assassinat et vol à main armé. Mélangé à des gens que je n’aurais jamais voulu connaître ailleurs. J’ai essuyé au quotidien les brimades et les injustices, subi des agressions indignes. La colère me donnait des envies de vengeance et me faisait dire n’importe quoi. Sur les autres, sur mon pays. Comment se relever de ça ?

Pendant tout ce temps, l’équipe de l’Îlot a apporté un soutien moral à ma famille. Ils m’ont écrit et m’ont tendu la main à distance, jusqu’à ma sortie. Un bracelet électronique, enfin. Pour moi, le retour progressif à la dignité humaine.

L’Îlot n’a jamais douté de ma volonté. Ils connaissaient mon projet, mes ambitions et ne m’ont pas rejeté à cause de mes fautes. Ils m’ont accompagné sans interruption. Une nouvelle chance, en acceptant que je réintègre la formation le 3 janvier 2017.

J’ai gardé contact avec les jeunes qui suivaient la formation il y a 4 ans. Avec leur diplôme, ils me disent que ce sont les employeurs qui viennent les chercher. Ils ont redémarré leur vie parce qu’on a cru en eux. A mon tour de rétablir ma situation, de passer ce diplôme et de trouver une stabilité, ne serait-ce que par respect pour ces gens qui m’ont aidé. Maintenant, je sais ce que c’est qu’être responsable.

Plus tard, ça me tiendrait à cœur de venir dialoguer avec les jeunes de l’Îlot et de faire des dons à mon tour. Je remercie du fond du cœur l’Îlot mais je remercie aussi les donateurs. Heureusement qu’il y a des gens comme vous. Votre confiance nous motive et nous réchauffe. En aidant les jeunes à se réinsérer, c’est vous qui faites la France. Parce que c’est clair : seuls, on ne peut pas y arriver. Guillemets fermés

 

Témoignage recueilli le 16 janvier 2017